Entretien avec Paul ZEITOUN

- La première question qui vient à l'esprit c'est " Pourquoi avoir écrit ce roman " ? Et d'ailleurs est-ce un roman ?
- Il me fallait mettre sur le papier ce que j'ai compris de la relation entre le médecin et le malade, mille petits faits observés au long de mon parcours de médecin, et dire à mes malades ce que j'ai appris d'eux. Témoignage ? Roman ? Je ne sais pas. Je n'ai pas trouvé la case où ranger ce récit.

- Vous évoquez les malades. Avez-vous aussi écrit pour les médecins ?
- Certains ont lu les articles médicaux, aussi lissés et rigoureux que possible, écrits avec mes collaborateurs ou des collègues. Ici, il s'agit d'un autre point de vue, celui d'une malade, ou plutôt des malades, car ce sont eux et pas seulement Colette les héros de ce livre. Je prête au médecin, l'autre protagoniste, des réflexions qu'ont dû se faire un jour ou l'autre beaucoup de soignants comme moi.

- Comment avez-vous pu vous exprimer au nom d'une femme et d'un homme, d'une malade et d'un médecin ?
- Je me suis identifié au personnage de Colette au fil de son récit et de sa relation avec le médecin ; il n'y a là rien d'original. Je lui ai prêté des souvenirs de situations ou de conversations que j'ai vécues. Pourtant, certaines de ses réflexions m'ont moi-même surpris, souvent amusé. Cette malade a été aussi inattendue dans ses propos qu'une personne inconnue qui consulte ; elle m'a paru, à certains moments, aussi déconcertante que sa maladie.

- Le fait qu'elle ait une maladie intestinale sans gravité mais non guérissable a-t-elle influencé ce récit ?
- Oui, certainement. J'ai fait délibérément le choix de cette maladie. C'est une cause très fréquente de consultation et l'on ne trouve aucune anomalie visible. Vous imaginez le malentendu lorsque l'un dit : " J'ai mal " et l'autre lui répond : " Vous n'avez rien ". Comme toujours dans ces cas, son entourage et les médecins lui ont suggéré la responsabilité de sa psychologie. Avec cette maladie au long cours, elle a eu le temps d'y réfléchir. Elle a vu plusieurs médecins et elle rapporte ce qu'elle a compris de leurs conceptions et de leurs conseils, parfois leur irritation à son égard.

- Pourquoi revoit-elle ce médecin ?
- Parce qu'elle se souvient qu'il l'avait écoutée et lui avait suggéré de coexister avec sa maladie plutôt que de la culpabiliser d'être malade.

- Et pourtant, il va être de nouveau obligé de lui conseiller un examen de plus, et pas des plus anodins.
- Excusez-le, c'est quand même un médecin.

- Elle en vient à vouloir lui raconter sa maladie ; elle le revoit et elle lui écrit.
- Oui. Et c'est aussi son récit de sa propre vie qui transparaît.

- Et les médecins en prennent pour leur grade !
- Vu de la personne malade, la médecine est terrifiante. Les enfants ne pleurent pas pour rien... On l'a rassurée, pas guérie, elle souffre souvent et elle doute. Les gens qui souffrent de cette maladie se reconnaîtront. Elle se contente, à l'encontre des médecins, de quelques égratignures noyées dans d'un peu d'humour.

- Pourquoi le médecin supporte-t-il cette relation qui dure quelques mois ?
- Il est comme elle, est à un moment difficile de sa vie. Il a néanmoins un regard critique sur cette patiente qui lui fait par écrit le récit de sa maladie au lieu de profiter de ses vacances ! Il s'indigne même quand elle porte des jugements injustes sur ses médecins.

- Avez-vous aimé cette malade ?
- Je me suis attaché à elle au fil de son témoignage et de son roman. Une sorte de connivence en même temps que d'admiration pour son courage face à sa maladie et à l'institution médicale qui, au bout du compte, la fascine et la séduit.


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