Entretien avec Elisa VIX

- Elisa Vix, avec " La Baba-Yaga ", vous êtes une nouvelle venue dans le roman policier français, qu'est-ce qui vous a donné envie d'écrire ?
- Je venais d'achever un petit polar que j'avais trouvé à la bibliothèque et qui m'avait passionné (" La chambre du haut " de Mildred Davis) ; l'ambiance mystérieuse y était particulièrement bien rendue, il y avait une histoire d'amour, tout ce que j'aime. Je me suis dit pourquoi pas moi ? Pourquoi je n'essaierais pas de procurer le même plaisir à d'autres personnes que celui que j'avais eu en lisant " La chambre du haut " ? C'était une période de ma vie où j'étais un peu désoeuvrée, alors je m'y suis mise !

- Où trouvez-vous votre inspiration ?
- Je pense que pour un écrivain tout est source d'inspiration, sa vie, ses lectures, la télévision... C'est un reportage à la télé sur les agences matrimoniales entre américains et russes qui m'a donné l'idée de l'intrigue de " La Baba-Yaga ". D'autre part, je lis beaucoup de romans, en particulier des policiers : mes auteurs fétiches sont Ruth Rendell et Elizabeth George dont j'apprécie la finesse des analyses psychologiques, Fred Vargas et Daniel Pennac pour leur fantaisie, Virginie Brac pour son efficacité et le côté " médical "... Au cinéma, le maître de cette alchimie que j'affectionne entre mystère, séduction et humour, est sans conteste Alfred Hitchcock. Avec en prime des personnages masculins portés par des acteurs charismatiques comme Cary Grant, James Stewart ou Joseph Cotten...

- Comment vous est venu le personnage du lieutenant Thierry Sauvage ?
- Concrètement, c'est à cause de mon voisin de palier ! A l'époque mon voisin était un homme divorcé dont la nouvelle compagne attendait un enfant, ce brave homme avait l'air parfaitement heureux mais je me suis demandé, et si ça n'avait pas été le cas ? Je voulais prendre le contre-pied de ce qu'on appelle les " nouveaux pères ". Franchement les nouveaux pères je trouve ça super mais tous les hommes ne sont pas obligés d'aimer pouponner (ni toutes les femmes)! Je voulais comme personnage principal un homme ordinaire, un homme qui pourrait être votre voisin de palier, avec ses défauts et ses mesquineries, sans traumatisme ancien et secret qui expliquerait une personnalité tourmentée, mais pour lequel on ne puisse s'empêcher d'avoir une certaine tendresse. En plus, c'est assez amusant de se mettre dans la peau d'un homme.

- Mais ce personnage de macho va être mis à mal tout au long du livre...
- Oui, il va tomber de Charybde en Sylla et je pense que c'est pour ça qu'on l'aime, car sous ses allures de matador, il en prend plein la tronche ! Les femmes du roman ne s'en laissent pas conter. C'est l'histoire assez classique de l'arroseur arrosé, du Dom Juan qui tombe amoureux.

- D'où vient ce titre " La Baba-Yaga " ?
- Ah, ça, je ne peux pas vous le dire... Il faut lire le livre !

- Connaissez-vous le dénouement quand vous débutez l'écriture d'un roman ?
- Oui, bien sûr, même si cela peut changer en cours de route ! L'intrigue policière est un fil conducteur, on peut y greffer les réflexions des personnages, leurs déboires privés... L'intrigue et les personnages me viennent plutôt facilement et si ça ne se déroule pas de façon assez fluide à mon goût, j'attends, et ça finit toujours par venir. Le passage à l'écriture proprement dite est plus douloureux. C'est vrai que c'est assez fastidieux de décrire avec minutie les scènes qu'on a dans la tête. Les dialogues sont plus amusants à écrire, notamment les disputes ! C'est peut-être pour ça que le Thierry Sauvage est un peu soupe au lait !

- L'intrigue se déroule en Picardie, plus exactement dans l'Aisne près de Soissons, c'est une région que vous connaissez ?
- Oui, j'y ai vécu 6 ans avant de revenir en région parisienne dont je suis originaire. Pour plus de vraisemblance, c'est indispensable de placer l'histoire dans des lieux que l'on connaît. Bien sûr, j'ai pris quelques libertés; par exemple l'hôpital psychiatrique n'est pas à Coucy même, la clinique de l'Ermitage n'existe évidemment pas. Par contre, il y a bien une fête du livre à Merlieux ; c'est une grosse manifestation qui attire beaucoup de monde dans la région.

- Avez-vous d'autres projets ?
- Plein ! Je suis en train d'achever une nouvelle aventure du lieutenant Sauvage. J'aimerais aussi m'essayer au présent dans le récit. Le présent apporte une sorte d'urgence qui sied au roman policier mais qui a aussi ses contraintes auxquelles je voudrais me confronter. J'aime bien faire des expériences, des challenges, comme écrire à la première personne, faire un polar à la façon des romans noirs américains des années 50... Un projet qui me tient à coeur est celui d'un roman policier sans victime, parce que je pense qu'il n'est pas nécessaire de surenchérir dans la violence et l'horreur pour tenir le lecteur en haleine et parce qu'en tant que lectrice moi-même, j'aime bien être mystifiée.

- Elisa Vix, dans le " civil ", vous êtes vétérinaire. Quel rapport avec l'écriture de romans policiers ?
- A première vue, on a envie de répondre aucun ! Et pourtant l'art de la médecine et celui de la police ont des points communs. Faire un diagnostic et élucider un crime ne sont pas si éloignés : on cherche des indices, on pose des questions, on fait des hypothèses et on convoque la science à la rescousse...


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