- Comment vous est venu le personnage du lieutenant
Thierry Sauvage ?
- Concrètement, c'est à cause de mon voisin de palier ! A l'époque mon
voisin était un homme divorcé dont la nouvelle compagne attendait un
enfant, ce brave homme avait l'air parfaitement heureux mais je me suis
demandé, et si ça n'avait pas été le cas ? Je voulais prendre le contre-pied
de ce qu'on appelle les " nouveaux pères ". Franchement les nouveaux
pères je trouve ça super mais tous les hommes ne sont pas obligés d'aimer
pouponner (ni toutes les femmes)! Je voulais comme personnage principal
un homme ordinaire, un homme qui pourrait être votre voisin de palier,
avec ses défauts et ses mesquineries, sans traumatisme ancien et secret
qui expliquerait une personnalité tourmentée, mais pour lequel on ne
puisse s'empêcher d'avoir une certaine tendresse. En plus, c'est assez
amusant de se mettre dans la peau d'un homme.
- Mais ce personnage de macho va être mis à mal tout
au long du livre...
- Oui, il va tomber de Charybde en Sylla et je pense que c'est pour
ça qu'on l'aime, car sous ses allures de matador, il en prend plein
la tronche ! Les femmes du roman ne s'en laissent pas conter. C'est
l'histoire assez classique de l'arroseur arrosé, du Dom Juan qui tombe
amoureux.
- D'où vient ce titre " La Baba-Yaga " ?
- Ah, ça, je ne peux pas vous le dire... Il faut lire le livre !
- Connaissez-vous le dénouement quand vous débutez
l'écriture d'un roman ?
- Oui, bien sûr, même si cela peut changer en cours de route ! L'intrigue
policière est un fil conducteur, on peut y greffer les réflexions des
personnages, leurs déboires privés... L'intrigue et les personnages
me viennent plutôt facilement et si ça ne se déroule pas de façon assez
fluide à mon goût, j'attends, et ça finit toujours par venir. Le passage
à l'écriture proprement dite est plus douloureux. C'est vrai que c'est
assez fastidieux de décrire avec minutie les scènes qu'on a dans la
tête. Les dialogues sont plus amusants à écrire, notamment les disputes
! C'est peut-être pour ça que le Thierry Sauvage est un peu soupe au
lait !
- L'intrigue se déroule en Picardie, plus exactement
dans l'Aisne près de Soissons, c'est une région que vous connaissez
?
- Oui, j'y ai vécu 6 ans avant de revenir en région parisienne dont
je suis originaire. Pour plus de vraisemblance, c'est indispensable
de placer l'histoire dans des lieux que l'on connaît. Bien sûr, j'ai
pris quelques libertés; par exemple l'hôpital psychiatrique n'est pas
à Coucy même, la clinique de l'Ermitage n'existe évidemment pas. Par
contre, il y a bien une fête du livre à Merlieux ; c'est une grosse
manifestation qui attire beaucoup de monde dans la région.
- Avez-vous d'autres projets ?
- Plein ! Je suis en train d'achever une nouvelle aventure du lieutenant
Sauvage. J'aimerais aussi m'essayer au présent dans le récit. Le présent
apporte une sorte d'urgence qui sied au roman policier mais qui a aussi
ses contraintes auxquelles je voudrais me confronter. J'aime bien faire
des expériences, des challenges, comme écrire à la première personne,
faire un polar à la façon des romans noirs américains des années 50...
Un projet qui me tient à coeur est celui d'un roman policier sans victime,
parce que je pense qu'il n'est pas nécessaire de surenchérir dans la
violence et l'horreur pour tenir le lecteur en haleine et parce qu'en
tant que lectrice moi-même, j'aime bien être mystifiée.
- Elisa Vix, dans le " civil ", vous êtes vétérinaire.
Quel rapport avec l'écriture de romans policiers ?
- A première vue, on a envie de répondre aucun ! Et pourtant l'art de
la médecine et celui de la police ont des points communs. Faire un diagnostic
et élucider un crime ne sont pas si éloignés : on cherche des indices,
on pose des questions, on fait des hypothèses et on convoque la science
à la rescousse...