Entretien avec Denise Van Bignoot

Vous signez ici votre premier roman. Pourriez-vous vous présenter rapidement aux lecteurs de ce site : profession, âge (si ce n’est pas indiscret), etc. ?

Ma profession est à cent années lumière du personnage que j’incarne dans le livre. Dans ma jeunesse, j’ai travaillé dans l’importation de matériel électrotechnique. A Cannes, j’ai d’abord fait mon chemin dans l’hôtellerie, depuis le 2* au 4*Luxe que j’ai abandonné pour faire un passage à la mairie de Cannes mais, trop active, mon poste ne collait pas avec mon tempérament. Puis, j’ai passé dix-sept années dans un cabinet de rhumatologie, où l’esclavage ne semblait toujours pas aboli. Mon âge ? Pourquoi faire des mystères et de fausses coquetteries ? J’assume avec plaisir mes cinquante-deux ans, je suis une célibataire endurcie, et j’ai un fils de vingt-huit ans dont je suis très fière.

La première question qui vient à l'esprit est " Pourquoi avoir écrit ce roman " ? Comment vous est venue l'idée de l’écrire ? Et d'ailleurs est-ce un roman ?
Pour répondre à votre triple question, plantons d’abord le décor. D’origine modeste (je travaille depuis mes seize ans), sous-payée et élevant seule mon fils, je devais choisir les destinations de villégiature peu onéreuses pour chercher à me ressourcer durant mes vacances pour lesquelles j’avais trimé durement en dehors de mon travail régulier. C’est en voyant une annonce publicitaire pour Rome, dans une petite agence de voyage, sur le chemin de mon travail, et donc un peu au petit bonheur, que je suis allée quatre jours à Rome avec mon fils, et pour la première fois. Comme tout un chacun, je connaissais Rome et les Romains à travers les leçons d’histoire à l’école ; matière qui, à l’époque, me laissa plutôt indifférente, comme la plupart des étudiants. J’aimais beaucoup les péplums qui mettaient en scène des décors mirobolants, des empereurs et des légionnaires, mais sans plus. La révélation s’est faite cependant, dès mon premier séjour dans la ville éternelle. Dans ma jeunesse, j’avais pourtant pas mal voyagé, mais ce que j’ai trouvé à Rome, je ne l’avais jamais trouvé ailleurs. C’est comme si je venais de retrouver la partie de moi qui m’avait toujours fait défaut, sans le savoir. Depuis presque vingt ans maintenant, je ne suis plus jamais allée ailleurs qu’à Rome pour passer mes vacances et, peu à peu, je me suis passionnée pour son histoire fascinante et mouvementée. Rome est magique, à condition de ne pas y arriver comme un éléphant dans un magasin de porcelaine ! Dans mes bagages, des tonnes de livres que je dévorais au retour, et qui me permirent ainsi de « prolonger » en quelque sorte mes vacances pour m’échapper à mon triste quotidien. Plus je lisais, plus je voulais en savoir, et il me tardait de repartir pour aller explorer et admirer de visu ce que j’avais lu. J’étais tombée follement amoureuse de Rome et je cherchais un moyen de communiquer ma passion. J’ai d’abord créé toute une série de pages perso sur Internet, abordant les différents quartiers de cette ville merveilleuse, que je connaissais maintenant mieux que Cannes. Ces sites ont connu un tel succès, que je fus obligée de ne plus divulguer mon adresse e-mail, étant dans l’impossibilité de répondre aux demandes de renseignements qui me parvenaient tous les jours, et en nombre croissant, de la part d’Internautes des quatre coins du monde.
La mort de mon père, horloger, et que j’aimais énormément, me fit prendre conscience que, en dehors de mon fils, je n’avais pas vraiment produit quelque chose de tangible dans ma vie. Né en 1911, cet homme admirable et doux n’était pas un enfant de la télé, et il avait meublé le peu de temps libre qu’il lui restait en écrivant des pièces de théâtre qui furent mis en scène, et en toute clandestinité, durant la seconde guerre mondiale,  au bénéfice des familles de postiers déportés en Allemagne. Il est aussi à l’origine de quelques films amateur en Belgique et au Pays-Bas. J’aimais beaucoup écrire à mes amis pour donner des nouvelles, parfois tristes, parfois gaies.  Souvent, ils me répondaient avec les mots « Ta lettre m’a beaucoup plu. Tu as une façon de raconter les choses… Tu devrais écrire des livres ! ». Etant autodidacte pour une grande partie, ce commentaire, je ne l’avais jamais pris au sérieux, jusqu’au jour où – je ne sais toujours pas comment c’est arrivé – je pris la décision d’écrire sur ce que je connaissais le mieux : Rome, en mémoire de mon père que j’avais amené y passer quelques jours, peu avant sa disparition. Sans savoir qu’il avait toujours rêvé d’y aller, je lui ai exhaussé  ce vœu par surprise. Lorsque j’ai commencé à écrire, ce n’était pas avec l’objectif de voir mon livre publié, mais à la mémoire de Papa. C’était sans compter sur la détermination de mon amie Colette de la mairie de Cannes qui, non seulement m’a presque harcelée à écrire pour qu’elle puisse lire la suite de l’histoire, mais m’a mise une telle pression pour que j’envoie ma prose à différents éditeurs, qu’il était inutile d’essayer de s’opposer.

Est ce que “ Sous le signe des Arvales ” est votre premier livre publié ? Avez-vous eu des difficultés pour trouver un éditeur ? A quels éditeurs vous avez proposé ce texte ? Ce genre de prose n’étant pas particulièrement “à la mode”.
Oui, ce n’est pas seulement mon premier livre publié, mais mon premier livre, tout court. Oui, il a été assez difficile de trouver un éditeur, je l’ai envoyé un peu partout, aussi chez les mastodontes, mais finalement, j’ai reçu une réponse positive et rapide de la part des éditions Odin dont je connaissais en partie le fond, en particulier la collection « Enigme » où j’avais trouvé des textes du genre que j’appréciais particulièrement. Et je suis ravie d’y figurer. Alors, pour rire, peut-être les « grands » se mordront-ils les doigts bientôt pour ne pas avoir répondu positivement en premier ? Toutefois, j’avoue que c’est agréable de se retrouver dans une structure à la taille humaine où l’interactivité est simplifiée. Et puis, j’apprécie cette relation passionnée à l’écrit sans calcul de rentabilité d’emblée. Vous vous risquez à lancer un auteur débutant, mais en même temps, vu qu’on m’a bien fait comprendre qu’il s’agissait d’un coup de foudre… je suis confiante. Et concernant le « à la mode », je ne suis pas d’accord avec vous, on a eu bien des preuves que les gens aiment, par le biais de la fiction, se sentir enrichi en connaissances. Divertissement et enrichissement culturel à la fois, je crois sincèrement qu’il y a un vrai public pour ça.

L'intrigue se déroule à Rome, c'est une ville que vous connaissez bien ?
Oui, depuis le temps, je connais mieux Rome que Cannes. Même le vaste réseau de bus n’a plus de secrets pour moi. Je m’y sens totalement chez moi et je suis à l’aise dans chaque quartier avec son charme bien particulier. Ceux qui ont déjà fait quelques séjours à Rome approuveront mes dires.

Prenez-vous comme modèle des personnes que vous connaissez ou bien sont-ils pur produit de votre imagination ?
La plus grande partie de mes personnages existent, comme par exemple le personnel de l’hôtel ou encore le docteur Stefano Baldi qui, en réalité, est mon vétérinaire… à Rome au Trastevere ! Luciano, Massimo et Rocca, sont des purs produits de mon imagination, bien que conçus sur l’archétype du Romain même : élégant, charmeur et cultivé.

Où trouvez-vous votre inspiration ?
L’inspiration est quelque chose qu’on ne commande pas. Elle vient ou elle ne vient pas, et plus on se force, moins elle se manifeste ! J’ai parfois eu des passages de deux ou trois mois où je « tournais à vide ». Cela se produisait surtout en été lorsque mon cerveau se « liquéfiait » par la chaleur humide qui m’incommode.

Combien de temps en moyenne pour écrire un roman ?
Je ne sais pas combien de temps est nécessaire, en général, pour écrire un livre. Je pense que tout dépend du temps dont on dispose, de l’expérience qu’on a de genre d’occupation et, surtout, du sujet traité, car écrire un roman d'énigme, basé sur des faits historiques, demande déjà énormément de travail de recherche, avant de pouvoir « habiller » les faits d’une fiction. Pour ma part, entre mon travail régulier, mes « extras », mon fils, ma vingtaine d’animaux et la gestion quotidienne, je ne peux pas dire que je disposais d’une large plage de temps pour me consacrer à l’écriture… J’ai de ce fait mis deux ans et deux mois.

Connaissez-vous le dénouement quand vous débutez l'écriture d'un roman ?
J’avais, comme il se doit, établi un plan, mais, comme tout auteur de fiction j’imagine, je me suis laissée manipuler par mes personnages et par l’intrigue même. Au bout du compte, ce n’est que vers la moitié du livre que j’ai finalisé le dénouement, mais avec deux alternatives qui s’offraient à moi. Mon fils, grand lecteur devant l’éternel, m’a aidé à faire le choix final. Quant au titre, il m’est venu tout à la fin. Je le voulais en latin, mais mes amis m’en ont dissuadé, invoquant que celui-ci limiterait les lecteurs à la seule catégorie de ceux qui connaissent cette langue.  Exit donc le titre en latin.

A un certain moment, les médecins en prennent pour leur grade.
Ayant travaille dix-sept ans dans le milieu médical, la pire période de ma vie, j’ai pu observer des pratiques révoltantes qui, selon Pline l’Ancien, ne sont pas récentes, mais qui étaient déjà bien installées à son époque également. D’où mon expression « Serment d’Hypocrite » au lieu d’Hippocrate. Petite vengeance personnelle que beaucoup de patients approuveront cependant ! Bien sûr, la vengeance ne concerne que les praticiens isolés qui se reconnaîtront peut-être. Que le corps médical ne se sente surtout pas visé en général, mais on s’inspire de son vécu dans son écriture… inévitable, non ? Pardon à tous ceux, l’immense majorité heureusement, qui respectent le serment.

C'est une histoire très peu connue en France, non ?
Non seulement en France, mais même à Rome, rares sont ceux qui connaissent les Frères Arvales. Seuls quelques historiens spécialisés dans cette période de la Rome antique ont étudié le peu qui nous en a été livré par les antiques chroniqueurs sur cette confrérie archaïque.

Votre père revient dans votre récit à plusieurs reprises. Est-ce voulu ?
Comme je vous l’ai dit, Papa me manque énormément et je me suis mise à écrire ce livre en sa mémoire. Quoi de plus naturel que de lui faire un clin d’œil dans le récit, de temps à autre. Il faut dire aussi que, même encore maintenant, à cinquante-deux ans, ma vie est rythmée et mes actions sont imprégnées par l’éternel souci « S’il était encore là, qu’en penserait Papa… ? ».

Envisagez-vous écrire une suite à  votre livre, ou bien est-ce une expérience qui restera unique ? (ce qui serait dommage !)
Pour l’instant, la suite se trouve uniquement dans ma tête en attendant la réaction des critiques et lecteurs quant à ma première prose. Je sais bien que, dans la masse de livres qui paraissent aujourd’hui, ce n’est pas évident de trouver sa place. Et malheureusement, comme tout le monde peut le constater, la qualité littéraire ne se retrouve pas toujours sur la liste des meilleures ventes. Et bien des livres d’une qualité extraordinaire resteront ad vitam aeternam confidentiels. Maintenant, je reste humble en croisant les doigts…  Si mon effort est récompensé par quelque attention, je me remets illico devant mon clavier, c’est promis !
Pour finir que souhaiteriez-vous le plus en ce moment?
Qu'un maximum de lecteurs achète mon livre et qu'ils prennent autant de plaisir à le lire que j'en ai eu à l'écrire !
Passons au questionnaire de Proust maintenant :

Quel est votre principal trait de caractère ?
La franchise. J’ai horreur des faux-culs, des faux-semblants.

La qualité que vous préférez chez un homme ?
Ce qui est devenu une utopie ici de nos jours : la fidélité, la tendresse et le respect.
 
Et chez une femme ?
Le naturel et la dignité.

Ce que vous appréciez le plus chez vos amis ?
La spontanéité.

Votre principal défaut ?
L’impatience.

Votre occupation préférée ?
Lire.

Votre rêve de bonheur ?
Vivre à Rome.

Votre plus grande peur ?
Je pense, comme beaucoup de gens, perdre son emploi.

Ce que vous voudriez être ?
Indépendante.

La couleur que vous aimez ?
J’en ai trois : le fuchsia, le mauve et le vert clair. Tout dépend de leur utilisation.

Vos auteurs favoris en prose ?
La liste est tellement longue ! Mais, je veux néanmoins souligner que ce n’est pas l’auteur qui compte, mais ce qu’il produit. Si on parle de lecture, l’Histoire me passionne, mais je suis aussi une grande dévoreuse de fiction. Allez, quelques titres que j’ai beaucoup appréciés :
Le Secret du Jardin Romain de Jean-Pierre Neraudeau (pour avoir su lier ses connaissances historiques au suspense d’un polar), Rebecca de Daphné Du Maurier (pour les coups de théâtre, là où on s’y attend le moins) et… pourquoi pas (en admiration devant  l’imagination débordante de J.K Rowling ) Harry Potter !

Vos compositeurs classiques préférés ? Et vos compositeurs contemporains préférés ?
Je ne m’enferme pas dans une époque déterminée, mais j’adore l’époque disco tout en savourant la musique classique. Vu que mon appréciation n’est pas hiérarchisé et surtout, un peu « sans limites », pourquoi utiliser le terme « préférés » ?

La chanson que vous fredonnez sous votre douche ?
Contrairement à mon fils, je préfère ma baignoire balnéo dans laquelle je me repose… en silence !

Que détestez-vous par-dessus tout ?
L’orgueil.

Les fautes qui vous inspirent le plus d'indulgence ?
La gourmandise.

Comment aimeriez-vous mourir ?
Comme j’ai vécu : en toute discrétion. Maintenant, il faut avouer que c’est en contradiction avec le désir de reconnaissance littéraire pour laquelle il faut donner un peu du sien et montrer sa tête à qui veut bien.

Etat présent de votre esprit ?
Révoltée contre l’inconscience et la superficialité.

Votre devise ?
Que chacun s’occupe de ses propres affaires et fiche la paix à son prochain !


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