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Puis, ma révolte s'apaise et ma vision du monde se nuance. Sur le plan
intellectuel, je me mets à l'école des grands penseurs de notre temps
et des siècles passés. J'étudie la philosophie. Je trouve mes "maîtres"
(le pluriel importe). Certains le resteront, d'autres pas. Au besoin d'extérioriser
une révolte se substitue le désir de partager, de communiquer un savoir
utile. J'égrenne les livres de "vulgarisation", destinés à aider les gens
à vivre l'existence un peu moins mal : "Le triangle éducatif ", "Comment
choisir sa psychothérapie ?" (Chiron), "Plus jamais seul", "Je m'aime...
toi aussi", "Le choix amoureux", "Garder ses amis, nourrir ses amours"
(Labor) et, tout récemment "Eduquer, c'est aussi punir". Je n'écris plus
pour moi seul. Mon rapport à l'écriture devient triangulaire : moi, le
texte... le lecteur (partenaire inconnu, invisible, et tellement présent
!).
- En quelque sorte, vous vous étes "rangé" !
- Oh, non ! Je suis toujours en résistance. On ne se change pas. Mais
les enjeux ne sont plus les mêmes (aujourd'hui, le combat vise ces nouvelles
tyrannies subreptices et insidieuses qui fleurissent sur le socle des
tyrannies déchues). Puis, la méthode a changé aussi. Elle est plus lucide,
plus modeste, plus pragmatique, donc plus efficace. J'ai compris deux
choses. D'abord, que si l'on voulait changer le monde, il fallait d'abord
commencer par le comprendre. Ensuite, que ce n'est pas en heurtant de
front les institutions qu'on les transforme. C'est en les utilisant. En
s'en faisant des alliés.
- Vous étes aussi un chercheur...
- J'ai compris, chemin faisant, que la psychologie universitaire ne suffisait
pas à comprendre l'humain. Elle fournissait des bases précieuses (une
"propédeutique"). Mais elle avait tendance isoler l'individu de son contexte.
De ce constat, une fringale de villégiature. Destinations : la philosophie,
la politique, l'anthropologie, la sociologie, l'éthologie et même... la
microphysique des particules. Je me suis aussi initié aux grandes traditions
de l'humanité (occidentales et orientales). J'ai publié de nombreux articles
(une quarantaine) dans des revues spécialisées. Histoire de me faire la
main, d'apprendre la rigueur de l'argumentation et de la contre-argumentation.
C'est à cette époque aussi (de 1982 à 1986) que j'ai ébauché ce que je
considère aujourd'hui comme mes trois maître livres.
- Vous en dites trop ou pas assez...
- Contrairement aux ouvrages "grand public" (les plus connus), ceux ci
sont un peu plus exigeants. Ils s'adressent aux esprits curieux. Un même
souci les anime : récuser l'arrogance des "chapelles" théoriques et des
clans corporatistes, construire des passerelles là où s'érigent des barricades,
rechercher la trame souterraine (invisible) des choses. Exemples : par-delà
leurs divergences, retrouver les filiations philosophiques des différentes
formes de psychothérapies et leur fond commun ("Les psychothérapies humanistes",
"Le Triangle Magique"), montrer en quoi l'évolution de la pensée scientifique
en physique offre l'opportunité d'une nouvelle lecture des phénomènes
humains ("Le monde à l'envers" ). (Tiens ! À nouveau l'adverbe "envers".
Ce doit être une obsession !) À travers ce cheminement, j'ai découvert
ma véritable vocation de pédagogue et peaufiné ses deux voies royales
: la langue écrite (livres et articles) et orale (cours et conférences).
- Vos écrits témoignent effectivement d'une grande diversité d'intérêt.
On a l'impression que rien ne vous laisse indifférent.
- C'est vrai. J'ai toutefois des thèmes de prédilection :
1. La théorie et la pratique de la psychothérapie
2. L'amour, le couple et les rapports hommes - femmes
3. Les grands problèmes de la société post moderne
4. La problématique de la violence.
Deux ouvrages parus aux éditions Odin synthétisent une recherche action
de quinze ans sur deux de ces fronts : "La guerre des sexes : un avenir
?" (couple) et "Violences, côté face, côté profil". Un autre livre témoigne
de ma lutte contre les stéréotypes sexistes "Eloge du prét à penser" (anatomie
du sexisme ordinaire), paru chez Labor en 2002.
- Amour et violence, couple paradoxal, non ?
- Pas tant que ça. Éros et thanatos, pulsion de vie et pulsion de mort.
Les deux facettes indissociables de l'humain. D'un côté comme de l'autre,
le magma en fusion qui sourd au cœur de la vie.
- Aujourd'hui, la psychologie se vend bien. Des nombreux livres envahissent
le marché et connaissent un grand succès. Le public n'y recherche-t-il
pas des recettes de mieux-vivre ?
- Sûrement. La question est : comment répondre à cette attente ? Aujourd'hui,
deux types d'ouvrages se partagent l'étal des libraires : des livres savants,
inaccessibles et des livres simplistes, démagogiques, aguicheurs, qui
considèrent le lecteur comme un enfant débile qu'il faut prendre par la
main. Moi, je propose une troisième voie : Je pense qu'on peut s'exprimer
clairement et simplement, sans sombrer dans le simplisme outrancier, sans
prendre les gens pour des abrutis. Dans l'écriture comme dans mes conférences,
je fais un pari sur l'intelligence. Je refuse la démarche "culinaire"
(refiler des recettes prêtes à l'emploi) pour lui préférer une démarche
"mécanicienne" (expliquer comment fonctionne un être humain, un phénomène
de société, afin d'être mieux armé en cas de problème). Une anecdote.
Un soir, au terme d'une conférence, une dame m'interpelle publiquement
: "Monsieur Traube, votre exposé fut clair, structuré, vivant. Mais vous
parlez à l'esprit, très peu au cœur". J'ai répondu à cette dame que les
virtuoses du langage émotionnel étaient les gourous, les tribuns, les
führers. Moi je suis psychologue. Je fais un autre métier. Dans la foulée,
je lui ai suggéré de se méfier des gens qui visent trop bien droit au
cœur.
- L'écriture occupe une grande place dans votre vie. Avez vous d'autres
passions ?
- Et comment ! La musique, tout d'abord. J'ai pratiqué le chant classique.
Aujourd'hui, j'ai dérivé vers le théâtre. Je suis comédien et metteur
en scène. J'écris aussi des pièces de théâtre. C'est mon hygiène mentale.
Mes pièces n'ont aucune prétention philosophique ou politique. Ce sont
des intrigues policières, des œuvres de divertissement qui utilisent le
"suspense" comme ressort dramatique. Je ne transige pas pour autant sur
la qualité des scénarii et des dialogues. C'est une technique d'écriture
spécifique que j'ai dû apprendre. Une autre école. J'ai une autre passion
encore : l'éducation de mes deux enfants.
- Vous publiez aujourd'hui, chez Odin, un livre intitulé : "Péchés
capiteux, péchés capitaux". Quelle mouche vous pique ? Vous quittez vos
terres familières, non ?
- Oui. Quel pied ! Je travaille régulièrement avec les médias (radio,
télé, presse, magazine…). C'est intéressant parce qu'on m'interroge sur
des sujets qui m'obligent à sortir de mes créneaux habituels. Un jour,
une journaliste travaillant pour un hebdo féminin m'a proposé de collaborer
à la rédaction d'un dossier sur les sept péchés capitaux. Cela m'a séduit.
J'ai accepté. Par la suite, j'ai relu ces proses et j'ai eu envie de les
remettre en chantier, de les ciseler, d'en faire du "bel ouvrage". Le
ton journalistique m'offrait l'opportunité de peaufiner une autre forme
d'écriture encore. Un nouvel exercice de style, en quelque sorte. Une
langue soignée, légère, humoristique pour traiter un sujet sérieux. J'ai
rencontré le dessinateur SERDU. Nous nous sommes sentis en affinité. Je
lui ai proposé d'illustrer le livre avec des caricatures. C'est ainsi
qu'est née cette sonate à quatre mains.
-Des projets pour l'avenir ?
- Des tas ! Le jour où je n'aurai plus de projets, je serai mort. En ce
moment, je travaille à la mise en scène de ma dernière pièce, "L'Audition".
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