An Nahar (premier quotidien en langue arabe). Article de Zeinab ASSAF paru le 15 avril 2005 - traduit de l'arabe :
LA CONTRITION ALLEGE LA CULPABILITE MAIS N'ANNULE PAS LA RESPONSABILITE
Kinda Marie ELIAS a signé son livre sur la guerre :
"J'ai vomi ce livre" dit Kinda Marie Elias, respnsable de la communication audiovisuelle
pendant le mandat du gouvernement du Général Michel Aoun. Elias est libanaise.
Elle a vécu la guerre et ses atrocités. Elle a décidé de s'en débarrasser ainsi
que l'ont fait de nombreux écrivains, en l'enterrant entre les deux couvertures
d'un livre.
"La guerre au Liban, j'avais 11 ans" est le titre de son ouvrage, récit ou plutôt témoignage qu'elle a voulu pour une guerre aux causes multiples ainsi qu'une incitation à exiger des comptes de la part des futurs hommes politiques libanais.
En marge de la signature de son ouvrage à la librairie al Bourj hier, le quotidien An Nahar l'a rencontrée juste avant son départ pour Paris.
L'idée lui est venue suite à un dîner où ses amis avaient souligné le fait que le 13 avril 2005, 30 ans seront passés depuis la guerre du Liban. Elias déclare : "je me suis attelée à mon ordinateur juste après le départ de mes amis. J'ai vécu les deux tiers de ma vie pendant la guerre, je dois absolument raconter mon histoire". Une histoire racontée de près, qui commence par "va enlever ton treillis" et se termine par "je veux savoir, j'ai besoin de comprendre, j'exige des comptes".
150 000 martyrs, 30 000 disparus. Elle se demande comment l'homme peut devenir criminel du jour au lendemain et exige "l'histoire" au nom de tous les morts, disparus, handicapés, prisonniers, oubliés...
Quoi de neuf alors ? N'avons-nous pas assez des écritures
sur la guerre ?
"Je ne tiens pas à rouvrir de vieux dossiers. Je n'ai pas de temps pour cela"
répond-elle avec émotion. Puis elle ajoute : "le but est de demander aux jeunes
de ne plus permettre à personne de disposer de leur devenir. S'ils veulent déléguer
un quelconque responsable, ils doivent lui demander des comptes. A partir de
maintenant, nous exigeons des comptes, nous devons apprendre du passé. Chaque
citoyen libanais a été responsable. Les Libanais se partageaient en deux catégories
: responsables et criminels. Responsables pour n'avoir pas pu empêcher les excès
et les crimes perpétrés. Ils ont fermé l'œil pour mille et une raisons. La contrition
allège la faute mais n'annule pas la responsabilité."
Elias a refusé la probabilité du retour à la guerre. "Elle ne pourra reprendre. Il n'y a plus d'argent. La génération d'aujourd'hui n'en veut pas. La génération de la guerre n'en veut plus non plus. Ceux qui misent dessus sont dans l'erreur. La génération d'avant guerre n'était pas habitée par la haine mais par la peur, la peur de l'autre. La peur entraîne le manque de sang froid. Quand nous sommes confrontés à des tirs, nous ne réfléchissons pas beaucoup. Les Libanais ne sont pas rancuniers. Ceux qui manipulaient les ficelles de la guerre sont ceux qui étaient habités par la haine."
Elle raconte son expérience à l'école Notre Dame de Jamhour où elle a acquis les bases des autres religions et où elle a été à la rencontre des autres confessions et de leurs valeurs respectives. Dans ce cadre, elle apprécie la proposition de l'ancien ministre de l'Education qui voulait enseigner l'histoire des religions dans les collèges et lycées.
Elias conclut en souriant : "vous êtes journaliste. Dites-vous toujours la vérité ?". Je réponds "j'essaie". Elle me donne un conseil, elle qui a été à la même école "quand vous ne pouvez pas dire la vérité, il vaut mieux ne rien dire du tout."
ODIN
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