Conversation avec Marie-Solène Dewit

- Marie-Solène Dewit, vous signez ici votre premier roman?
- Mon premier roman policier, oui. Mais j'ai d'autres textes sous le coude. J'ai cherché ma voie entre le roman et le roman policier, et ne l'ai toujours pas trouvée. Alors, j'ai résolu d'arrêter de vouloir absolument rentrer dans une catégorie. J'écris, tout simplement, en restant à l'écoute de mes personnages, et des intrigues qui se nouent.

- Vous êtes donc attirée par des genres différents... Le policier n'est pas votre seul univers?
- Non, et je pense qu'on le sent assez bien dans Meurtre avec Accusés de Réception, où l'intrigue importe autant que l'ambiance, les états d'âme et les amours des personnages.

- A votre avis, que peut-on se permettre dans le roman policier qu'on peut moins se permettre dans le roman?
- Le policier offre plus de libertés, tant dans sa forme que dans les sujets qui peuvent être abordés. L'humour peut y être développé comme un ressort à part entière, la dérision aussi, ou encore les situations un peu rocambolesques. Enfin, dans le roman policier, la volonté de montrer un milieu, avec son esprit, ses petits travers, trouve toujours sa place. C'est même attendu de la part du lecteur!

- Justement, pourquoi avoir choisi ce milieu-là?
- D'abord, il faudrait définir lequel ! Il y en a plusieurs dans le livre... Les artistes, les gens qui habitent dans un château... Bon, disons que l'accent est plutôt mis sur les homos... Enfin, par rapport à d'autres romans policiers ! Mais j'ai choisi cela parce que c'est un milieu que j'aime bien et que j'avais envie de montrer dans un contexte un peu nouveau... Il y a beaucoup de personnages gay dans mon roman, mais il n'y a pas qu'eux, et leurs histoires se déroulent sur fond d'enquête policière. C'est, en quelque sorte, la rencontre d'Hercule Poirot et Les Chroniques de San Francisco. L'humour développé dans ce roman se veut donc très second degré. J'ai pensé qu'on pouvait peut-être moderniser l'esprit des romans d'Agatha Christie, sans en perdre la facture.

- C'est tout de même un pari audacieux que d'avoir choisi un inspecteur ouvertement homosexuel pour mener l'enquête?
Oui, disons que c'est un peu provocateur... Le but est de surprendre, d'innover en montrant des personnages homos là où on les attendrait le moins. J'ai évoqué à l'instant Hercule Poirot, car je pense qu'on retrouve dans mon livre un peu de ce qui rend ce genre policier attachant et sympathique. Les repères sont les mêmes, sauf qu'on y voit des homos! Et au final, cela passe très bien... C'est étonnant sans être choquant.

- Et pourquoi un huis-clos?
- Parce que j'aime bien présenter aux lecteurs une galerie de personnages auxquels on ait le temps de s'attacher. J'avais envie, en quelque sorte, d'inviter les lecteurs dans ce château, à cette réception, et de leur faire suivre l'enquête aux côtés de personnages desquels ils puissent se sentir complices.

- Quel est votre plus grand rêve?
- Vous l'aurez deviné : vivre de ma plume. J'ai 30 ans.J'ai envie de découvrir des horizons différents, d'évoluer dans un milieu qui me corresponde davantage que celui que je connais actuellement par mon travail. Je dis cela sans prétention.

- Pensez-vous écrire une suite à Meurtre avec accusés de réception?
- Bien sûr, c'est déjà en préparation.

- Est-ce qu'on y retrouvera certains personnages, à la manière d'une série?
- Oui, on retrouvera l'inspecteur Giovani, son inséparable collègue Collinet et ceux avec lesquels ils auront noué des liens dans le premier épisode.

- Avec le même esprit gay friendly?
- Oui, on peut même dire plus gay que friendly... Et toujours le même goût de la fête, des amours en coulisse et des énigmes en huis-clos.

- Quels auteurs aimez-vous? En policier et en littérature générale?
- Il est difficile de donner une liste à froid d'auteurs qui vous ont plu. Il y a les auteurs trop connus, qu'on ne veut plus citer, parce qu'ils sont devenus incontournables. J'avoue : j'aime les romans d'Agatha Christie, ceux de Patricia Highsmith, de Joseph Hansen, ou de Fred Vargas... Mais il y a aussi l'univers particulier de Akif Pirinççi...En littérature générale, cela va d'Amistead Maupin à Milan Kundera, en passant par Amélie Nothomb. Sinon, j'aime des auteurs plus anciens et plus méconnus comme Léo Perutz, un auteur qui sait mêler les genres, puisque ses romans posent des problèmes tant à la logique qu'à la raison. Il y a encore Agota Kristof ... Je crois que la littérature de l'Est trouve toujours une résonnance particulière en moi, sans que je me l'explique vraiment.
Mais parfois, les livres qui m'intéressent le plus, sont ceux que je n'ai pas totalement appréciés, ceux qui n'ont pas tout dit. Ceux-là me donnent l'impression de ne demander qu'à être poursuivis. D'une autre manière, par un autre auteur. Parfois, c'est comme cela que naît l'inspiration. C'est comme un rattrapage, comme donner une seconde chance à une idée.

- Pour finir que souhaiteriez-vous le plus en ce moment?
- Qu'un maximum de lecteurs achètent mon livre... Et qu'ils prennent autant de plaisir à le lire que j'en ai eu à l'écrire!


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