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- A votre avis, que peut-on se permettre dans le roman policier qu'on
peut moins se permettre dans le roman?
- Le policier offre plus de libertés, tant dans sa forme que dans les
sujets qui peuvent être abordés. L'humour peut y être développé comme
un ressort à part entière, la dérision aussi, ou encore les situations
un peu rocambolesques. Enfin, dans le roman policier, la volonté de montrer
un milieu, avec son esprit, ses petits travers, trouve toujours sa place.
C'est même attendu de la part du lecteur!
- Justement, pourquoi avoir choisi ce milieu-là?
- D'abord, il faudrait définir lequel ! Il y en a plusieurs dans le livre...
Les artistes, les gens qui habitent dans un château... Bon, disons que
l'accent est plutôt mis sur les homos... Enfin, par rapport à d'autres
romans policiers ! Mais j'ai choisi cela parce que c'est un milieu que
j'aime bien et que j'avais envie de montrer dans un contexte un peu nouveau...
Il y a beaucoup de personnages gay dans mon roman, mais il n'y a pas qu'eux,
et leurs histoires se déroulent sur fond d'enquête policière. C'est, en
quelque sorte, la rencontre d'Hercule Poirot et Les Chroniques de San
Francisco. L'humour développé dans ce roman se veut donc très second
degré. J'ai pensé qu'on pouvait peut-être moderniser l'esprit des romans
d'Agatha Christie, sans en perdre la facture.
- C'est tout de même un pari audacieux que d'avoir choisi un inspecteur
ouvertement homosexuel pour mener l'enquête?
Oui, disons que c'est un peu provocateur... Le but est de surprendre,
d'innover en montrant des personnages homos là où on les attendrait le
moins. J'ai évoqué à l'instant Hercule Poirot, car je pense qu'on retrouve
dans mon livre un peu de ce qui rend ce genre policier attachant et sympathique.
Les repères sont les mêmes, sauf qu'on y voit des homos! Et au final,
cela passe très bien... C'est étonnant sans être choquant.
- Et pourquoi un huis-clos?
- Parce que j'aime bien présenter aux lecteurs une galerie de personnages
auxquels on ait le temps de s'attacher. J'avais envie, en quelque sorte,
d'inviter les lecteurs dans ce château, à cette réception, et de leur
faire suivre l'enquête aux côtés de personnages desquels ils puissent
se sentir complices.
- Quel est votre plus grand rêve?
- Vous l'aurez deviné : vivre de ma plume. J'ai 30 ans.J'ai envie de découvrir
des horizons différents, d'évoluer dans un milieu qui me corresponde davantage
que celui que je connais actuellement par mon travail. Je dis cela sans
prétention.
- Pensez-vous écrire une suite à Meurtre avec accusés de réception?
- Bien sûr, c'est déjà en préparation.
- Est-ce qu'on y retrouvera certains personnages, à la manière d'une
série?
- Oui, on retrouvera l'inspecteur Giovani, son inséparable collègue Collinet
et ceux avec lesquels ils auront noué des liens dans le premier épisode.
- Avec le même esprit gay friendly?
- Oui, on peut même dire plus gay que friendly... Et toujours le même
goût de la fête, des amours en coulisse et des énigmes en huis-clos.
- Quels auteurs aimez-vous? En policier et en littérature générale?
- Il est difficile de donner une liste à froid d'auteurs qui vous ont
plu. Il y a les auteurs trop connus, qu'on ne veut plus citer, parce qu'ils
sont devenus incontournables. J'avoue : j'aime les romans d'Agatha Christie,
ceux de Patricia Highsmith, de Joseph Hansen, ou de Fred Vargas... Mais
il y a aussi l'univers particulier de Akif Pirinççi...En littérature générale,
cela va d'Amistead Maupin à Milan Kundera, en passant par Amélie Nothomb.
Sinon, j'aime des auteurs plus anciens et plus méconnus comme Léo Perutz,
un auteur qui sait mêler les genres, puisque ses romans posent des problèmes
tant à la logique qu'à la raison. Il y a encore Agota Kristof ... Je crois
que la littérature de l'Est trouve toujours une résonnance particulière
en moi, sans que je me l'explique vraiment.
Mais parfois, les livres qui m'intéressent le plus, sont ceux que je n'ai
pas totalement appréciés, ceux qui n'ont pas tout dit. Ceux-là me donnent
l'impression de ne demander qu'à être poursuivis. D'une autre manière,
par un autre auteur. Parfois, c'est comme cela que naît l'inspiration.
C'est comme un rattrapage, comme donner une seconde chance à une idée.
- Pour finir que souhaiteriez-vous le plus en ce moment?
- Qu'un maximum de lecteurs achètent mon livre... Et qu'ils prennent autant
de plaisir à le lire que j'en ai eu à l'écrire!
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