Conversation avec Claudine Chollet

- Comment vous est venu l'idée d'écrire votre série des " Polycarpe " ?
- En tant que lectrice j'adore retrouver des personnages récurrents tels que Holmes et Watson, Hercule Poirot, Rouletabille, par exemple, ainsi que de nombreux personnages de BD. En tant qu'écrivain, c'est un confort : il est plaisant de retrouver sa petite famille de personnages, de connaître leurs réactions, de leur faire vivre de nouvelles aventures… J'ai pensé que ce moyen serait efficace pour distraire les autres en prenant moi-même du plaisir à écrire.

- Justement, à vous lire, on sent bien que vous ne voulez pas vous prendre au sérieux : il y a des situations très cocasses et vous prêtez à vos personnages des réactions souvent ironiques…
- J'ai réellement envie de créer une complicité avec le lecteur, de faire passer au moyen de l'humour un petit souffle de vie. Je ne veux pas graver des pensées profondes dans le granit ! Même si parfois, sous la légèreté, je suggère des choses sérieuses : bénéfiques comme l'amitié, l'amour, les enfants ou mauvaises comme la méchanceté, l'égocentrisme...

- À propos d'enfants précisément : vos " Polycarpe " sont parmi les rares romans où des enfants, des bébés, des ados, ont un rôle aussi important que des adultes ! Et vous n'oubliez pas non plus les seniors, les noirs, les gays, les riches, les pauvres… Quant aux animaux, ils sont aussi présents : votre Polycarpe n'est-il pas ex-vétérinaire ?
- C'est vrai. Tout cela est délibéré. Je trouve que la plupart des écrivains décrivent un monde peuplé uniquement d'adultes comme eux. Les seuls enfants dont ils parlent avec beaucoup de tendresse sont eux-mêmes autrefois… Quant aux animaux, ils font aussi partie de notre monde. D'une façon naturelle, sans que ce soit un parti pris systématique, quand j'écris, je veux être plongée dans un monde riche et peuplés de toutes sortes d'êtres vivants, comme dans la vie.

- Prenez-vous comme modèle des personnes que vous connaissez ?
- Ce sont plus des " types " humains que des personnes en particulier, d'ailleurs comme les illustres personnages littéraires que j'ai cités au début, ils sont brossés à grands traits, sans pour autant être caricaturaux… c'est une loi de la récurrence, pour qu'elle fonctionne bien, le personnage doit être relativement " prévisible " et il doit ressembler aux gens que l'on peut identifier, avec une marge de flou pour s'adapter à l'imagination et au vécu de chaque lecteur.

- Votre série porte le titre générique de " Polycarpe ", du prénom de votre personnage principal, pourquoi ce choix ?
- J'ai connu un Polycarpe, bien sympathique et ce prénom m'avait interpellé… Ça a quand même plus de panache que Pierre ou Paul, en tant que désignation de la série ! Et puis, le mot contient son propre mystère avec ses racines grecques qui connotent la fécondité, la créativité… Du coup, j'ai fait en sorte que tous mes personnages portent des noms et prénoms qui frappent l'imagination, d'autant plus qu'il arrive souvent, dans la vie, d'avoir connaissance de personnes aux noms incroyables !

- Dans les deux premiers épisodes, les énigmes concernent des crimes anciens et des secrets presque oubliés, c'est à dire des faits vraiment décalés dans le passé. Y a-t-il une raison ?
- Il en sera de même dans le prochain roman que j'écris, et dans les suivants : personnellement je suis fascinée par les secrets de vie, ce que les gens cachent, ce qui se passe derrière l'apparence, le décorum… Et, en repoussant l'horreur dans le passé, je peux mieux me consacrer à l'investigation proprement dite, aux déductions, aux discussions et échanges entre les personnages et surtout à leur évolution. Je n'ai aucune envie d'écrire des histoires " SSS " : sueur, sang et sperme !

- En fin de compte, vous faites en sorte que vos personnages et notamment Polycarpe découvrent les coupables de crimes qui sans eux seraient restés insoupçonnés. Y aurait-il une " morale " sous-jacente ?
- Mon but est avant tout de distraire. Je ne suis pas une philosophe ! Et je dirais que le roman à énigme c'est un peu la métaphore de la vie : on cherche les clés pour vivre heureux, pour que tout rentre dans l'ordre, pour venir à bout des angoisses. Ce n'est pas une morale. L'investigation est un moyen stimulant de faire rebondir l'histoire, de faire vivre et agir les personnages, de créer des situations de suspens, parfois loufoques…

- On classe souvent vos romans dans la catégorie dite " de terroir ". Pensez-vous que ce terme reflète le genre de ce que vous écrivez ?
- Allons-y pour une littérature " de terroir " si cette appellation correspond à quelque chose chez le lecteur. Pour moi, ce terme renvoie plutôt à des romans paysans comme ceux de George Sand… Je ne crois pas que ce terme rende compte de ce que j'écris : car si mes histoires se passent dans un village, mes personnages ne sont pas agriculteurs mais des " rurbains ", travaillant en ville et habitant la campagne, comme beaucoup d'entre nous. Terroir est un mot qui renvoie à une sorte d'image passéiste de la vie près de la nature. C'est un peu différent d'une existence contemporaine à la campagne, où les habitants ont des problèmes de traitement des eaux usées…

- Pensez-vous écrire de nombreux Polycarpe ?
- J'avais le projet, en commençant, d'en faire quatre, se déroulant à chaque saison, ce qui me procure un décor et un cadre aisément exploitable, en jouant sur les correspondances. Ainsi " Le pigeon noir " se passe en hiver où il est beaucoup question de feu dans la cheminée et du feu qui ravage une propriété, le tout dans une atmosphère de blanc et de noir… alors que " le vieux logis " en été, permet une partie de campagne colorée… Les suivants se dérouleront à l'automne puis au printemps. Mais, je sens tellement bien mes personnages que je reprendrai ensuite le cycle des saisons.

- Cette série vous laisse-t-elle le temps d'écrire autre chose ?
- Entre l'écriture des Polycarpe et les cours de français que je donne dans un centre de formation d'apprentis, je n'ai pas le temps d'écrire autre chose, en effet. D'autant plus que j'ai, comme mes personnages, des amis, des enfants, un jardin et une vie locale très animée dans mon village !


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